« Tu es un vrai mythomane ! » — on entend cette phrase souvent, lancée à la légère pour désigner quelqu’un qui exagère ou qui ment. Mais le mot porte bien plus que ça. Derrière cette étiquette populaire se cache une notion précise, avec une étymologie claire, un usage clinique et une vie propre dans la langue française. Autant savoir de quoi on parle avant de l’utiliser.
Mythomane figure dans tous les grands dictionnaires — Le Robert, le Larousse, le Littré — et fait partie du vocabulaire courant depuis plus d’un siècle. Sa définition officielle et son usage réel divergent pourtant souvent. Ce décalage mérite qu’on s’y arrête.
Ce que veut dire « mythomane » : définition précise
Le sens littéral et l’étymologie
Le mot se décompose en deux éléments d’origine grecque, passés par le latin : mythos (le récit, la fable, le mythe) et mania (la folie, la compulsion). Un mythomane, littéralement, est donc quelqu’un qui a une compulsion pour le mythe — pour la fabrication de récits fictifs présentés comme vrais.
Le terme apparaît dans la langue française au début du XXe siècle, porté par la psychiatrie naissante. Le médecin français Ernest Dupré en fait un concept clinique vers 1905, en décrivant la mythomanie comme une tendance pathologique à la fabulation et au mensonge, souvent inconsciente. Ce n’est donc pas, à l’origine, un simple synonyme de « menteur » ou d’« affabulateur ».
« La mythomanie est une tendance constitutionnelle à altérer la vérité, à créer et à croire des histoires imaginaires. »
— Ernest Dupré, psychiatre, 1905
Mythomane comme nom et comme adjectif
En français, mythomane fonctionne à la fois comme nom et comme adjectif. On dit un mythomane, une mythomane (le mot s’accorde au féminin sans modification de forme, simplement avec l’article). On peut aussi l’employer comme adjectif : un comportement mythomane, une personnalité mythomane.
Le nom dérivé est mythomanie (féminin), qui désigne le trouble lui-même. Le verbe correspondant n’existe pas en français standard — on ne dit pas « mythomaner ». C’est une limite courante des mots construits sur ce modèle dans notre langue.
✅ À retenir
Mythomane est invariable en genre pour la forme mais variable pour l’article : un mythomane / une mythomane. Comme adjectif : un récit mythomane, une tendance mythomane.
Mythomane dans les dictionnaires de référence
Le dictionnaire de l’Académie française définit mythomane comme « celui ou celle qui est atteint de mythomanie ; qui a tendance à altérer la vérité ou à créer des récits imaginaires ». Le Robert va dans le même sens et précise que l’emploi courant s’est élargi à toute personne qui ment de façon habituelle ou qui exagère systématiquement — même sans dimension pathologique avérée.
C’est là que la langue française a opéré un glissement : le mot, initialement réservé au champ médical, est entré dans l’usage ordinaire avec un sens affaibli. On l’emploie aujourd’hui pour désigner un simple menteur compulsif, un hâbleur, sans nécessairement impliquer un trouble psychiatrique diagnostiqué.
- Sens clinique : trouble de la personnalité caractérisé par la fabulation inconsciente et répétée
- Sens courant : personne qui ment ou exagère de façon habituelle et compulsive
- Sens familier (parfois hyperbolique) : quelqu’un qui raconte des histoires, même sans intention réelle de tromper
Mythomanie, mensonge et fabulation : les nuances qui changent tout
Mythomane n’est pas synonyme de menteur
La différence tient à un point précis : le mythomane croit souvent, au moins en partie, à ses propres récits. Le menteur ordinaire sait qu’il ment. C’est cette dimension — la frontière floue entre la conviction et la tromperie volontaire — qui rend le concept intéressant et difficile à manier.
Quelques mots proches, mais distincts :
- Fabulateur / fabulatrice : personne qui invente des histoires, souvent sans intention malveillante — usage plus neutre, parfois même positif
- Menteur / menteuse : quelqu’un qui ment délibérément, avec conscience du mensonge
- Affabulateur / affabulatrice : qui construit des récits élaborés, souvent pour tromper — connotation plus péjorative
- Imposteur / imposteure : qui usurpe une identité ou une qualité qu’il ne possède pas
💡 Notre conseil
Avant d’employer « mythomane » pour qualifier quelqu’un, demandez-vous si vous visez le sens clinique ou le sens courant. Dans un contexte professionnel ou juridique, le mot peut être interprété comme une affirmation médicale — et donc contestable.
Le lien avec les récits extraordinaires et la crédulité collective
La mythomanie n’opère pas que dans la sphère personnelle. Elle nourrit aussi des phénomènes collectifs. Des affaires judiciaires célèbres ont été déclenchées par des témoignages mythomanes pris pour argent comptant — l’histoire judiciaire française et internationale en compte plusieurs dizaines documentées. Le récit fabriqué peut séduire, convaincre, mobiliser.
Ce mécanisme touche des domaines aussi variés que le témoignage de guerre, les révélations de complots, ou même les déclarations sur des phénomènes inexpliqués. On pense par exemple aux affaires liées aux OVNI, où certains témoins, de bonne foi ou non, produisent des récits que rien ne vient étayer — et qui circulent pourtant comme des faits. Le champ de l’Ufologie : définition, origines et ce que cherchent vraiment ses adeptes offre d’ailleurs un terrain d’étude fertile sur la manière dont les récits non vérifiables se construisent, se propagent et trouvent des croyants.
Cela ne signifie pas que tout témoin d’un phénomène étrange est mythomane — l’étiquette est un diagnostic, pas une insulte. Mais le glissement entre vécu subjectif intense et récit objectivement faux est au cœur même de la mythomanie.
⚠️ À garder en tête
Qualifier quelqu’un de mythomane sans base médicale peut constituer une diffamation. La mythomanie est un trouble reconnu ; l’employer comme simple insulte expose à des conséquences légales dans certains contextes.
Comment reconnaître un comportement mythomane ?
Les professionnels de santé mentale identifient plusieurs marqueurs récurrents, sans qu’aucun ne soit suffisant seul pour poser un diagnostic :
- Récits très élaborés, cohérents en interne mais invérifiables
- Tendance à se placer au centre des événements relatés
- Adaptation rapide du récit quand on le questionne — sans effondrement de la narration
- Absence apparente de culpabilité ou de malaise face au mensonge
- Persistance du comportement même lorsque la personne est « prise » en flagrant délit
Ces traits ne définissent pas à eux seuls un « mythomane » — la psychiatrie actuelle parle plutôt de pseudologia fantastica, terme technique qui désigne ce pattern comportemental dans les classifications internationales. La mythomanie n’apparaît pas comme entrée autonome dans le DSM-5 (le manuel américain de référence) : elle est souvent associée à d’autres troubles de la personnalité.
1905
Année où Ernest Dupré forge le concept clinique de mythomanie en langue française
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un mythomane et un menteur ?
Le menteur sait qu’il ment et choisit de le faire. Le mythomane, lui, croit souvent en partie à ses propres récits — ou du moins ne ressent pas la frontière entre fiction et réalité comme un obstacle. C’est ce flou entre conviction sincère et fabulation volontaire qui distingue la mythomanie du mensonge ordinaire. En pratique, la frontière reste difficile à tracer sans évaluation clinique.
Est-ce que mythomane s’écrit différemment au féminin ?
Non. Le mot mythomane est invariable en forme : on écrit « un mythomane » et « une mythomane » sans modification de la terminaison. Comme adjectif, il s’accorde en genre grammatical mais sans changer d’orthographe : une personnalité mythomane, un comportement mythomane. La forme reste identique au masculin et au féminin.
La mythomanie est-elle reconnue comme maladie ?
La mythomanie, appelée aussi pseudologia fantastica en psychiatrie, n’apparaît pas comme un trouble autonome dans le DSM-5. Elle est généralement considérée comme un symptôme ou un trait associé à d’autres troubles de la personnalité — notamment le trouble de la personnalité histrionique ou borderline. Le terme reste davantage utilisé en psychiatrie francophone qu’en nosologie internationale standardisée.
D’où vient le mot mythomane étymologiquement ?
Mythomane vient du grec mythos (récit, fable, mythe) et de mania (folie, compulsion), passés par le latin. Le mot a été forgé en français au début du XXe siècle, principalement par le psychiatre Ernest Dupré, pour désigner une tendance pathologique à la fabulation. L’élément mytho- se retrouve dans mythologie, mythique ; mania dans maniaque, kleptomanie, etc.
Quels sont les synonymes les plus proches de mythomane ?
Les mots les plus proches sont fabulateur (qui invente des histoires, souvent sans malice), affabulateur (qui construit des récits élaborés pour tromper), et imposteur (qui usurpe une identité). Menteur est plus général et ne suppose pas de dimension compulsive ou inconsciente. Aucun de ces synonymes ne capture exactement la nuance clinique de mythomane, qui implique une relation trouble à la vérité — pas un simple choix délibéré.