OVNI

Dogman : le film de Luc Besson qui divise la critique

Un homme élevé par des chiens, traumatisé, travesti, criminalisé — et pourtant attachant. Dogman, sorti en 2023 sous la direction de Luc Besson, est l’un de ces films qui ne laissent pas indifférents. Pas parce qu’il est parfait. Plutôt parce qu’il prend des risques que peu de réalisateurs français osent encore prendre.

Le long-métrage est présenté à la Mostra de Venise en septembre 2023, avant sa sortie en salles en France le 27 septembre. Il s’inspire librement du fait divers américain de Robert Schembre, dit « Dogman », mais Besson s’approprie le matériau et le transforme radicalement. Le résultat, c’est un film hybride, baroque, parfois maladroit — et franchement singulier.

L’histoire : Douglas et ses chiens

Un personnage construit sur une blessure

Douglas (joué par Caleb Landry Jones) a grandi dans une cage, enfermé par un père violent avec une meute de chiens. Ce trauma fondateur structure tout le film. Luc Besson ne cherche pas à rendre le personnage sympathique de façon facile : Douglas est complexe, imprévisible, habillé en femme, et dirige une troupe de chiens dressés avec lesquels il commet des braquages la nuit.

L’animal n’est pas un accessoire ici. Les chiens sont le seul lien affectif que Douglas ait jamais connu. Ils incarnent ce que les humains n’ont pas su lui donner : loyauté, présence, chaleur. C’est cette idée — que la bête peut être plus humaine que l’homme — qui traverse tout le film.

Une structure narrative en flash-back

Le récit avance par allers-retours entre le présent (Douglas face à une psychiatre, incarnée par Jojo T. Gibbs) et son passé. Ce dispositif du flash-back n’est pas nouveau, mais il permet à Besson de révéler progressivement les couches du personnage sans tout expliciter d’un coup. Certains trouveront le rythme trop lent. D’autres apprécieront cette construction en spirale qui mime le travail de la mémoire traumatique.

💡 À noter sur la structure

Besson choisit de faire raconter l’histoire par Douglas lui-même, ce qui pose d’emblée la question de la fiabilité du narrateur. Tout ce qu’on voit est filtré par sa perception — et ses silences en disent parfois plus long que ses mots.

🎭 Caleb Landry Jones : une performance hors norme

Un acteur américain au centre d’un film français

Caleb Landry Jones n’est pas le premier nom qui vient à l’esprit pour un projet de Besson. L’Américain, révélé dans Get Out (2017) et récompensé à Cannes pour Nitram (2021), incarne Douglas avec une intensité qui désarme. Il joue en anglais, ce qui crée une distance étrange pour le spectateur francophone — et qui est, selon Besson, un choix délibéré pour souligner l’altérité du personnage.

Sa performance physique est frappante : démarche hésitante en fauteuil roulant, maquillage théâtral, voix qui oscille entre murmure et éclat. Landry Jones ne cherche pas à se faire aimer. Il cherche à exister — et ça marche.

Un rôle qui puise dans des archétypes forts

Douglas convoque plusieurs figures à la fois :

  • L’enfant sauvage, à la manière de Victor de l’Aveyron
  • Le justicier nocturne, avec ses braquages orchestrés comme des mises en scène
  • Le travesti-artiste, qui se produit dans des cabarets pour financer sa survie
  • L’homme-bête, à mi-chemin entre le mythe et le fait divers

Cette accumulation peut sembler excessive. Elle est pourtant cohérente avec l’ambition du film : montrer un être humain construit par ses blessures, qui a dû inventer plusieurs identités pour survivre.

97 min

durée de Dogman — un format ramassé pour un personnage aux multiples vies

⚠️ La réception : entre admiration et déception

Un film qui partage la presse

La Mostra de Venise 2023 a réservé un accueil tiède au film. La presse internationale l’a jugé inégal — trop ambitieux sur le fond, parfois approximatif sur la forme. En France, les critiques oscillent entre fascination pour le personnage et irritation devant les excès de mise en scène.

Le Monde a salué la performance de Landry Jones tout en pointant une écriture parfois surchargée. Première a été plus sévère, estimant que Besson se noie dans ses propres métaphores. Les spectateurs, eux, ont été nombreux à défendre le film sur les réseaux sociaux — preuve que l’émotion brute passe mieux que la cohérence narrative.

👍 Ce qui fonctionne 👎 Ce qui accroche moins
Performance de Caleb Landry Jones
Relation homme/animal originale
Esthétique visuelle soignée
Thème du trauma traité sans complaisance
Rythme parfois décousu
Accumulation de symboles
Fin discutable
Dialogues en anglais qui déstabilisent

Besson, un réalisateur clivant

Impossible de parler de Dogman sans évoquer le contexte. Luc Besson, cloué au pilori après les accusations de 2018, revient avec un film qui parle de victimes, d’injustice et de résilience. Ce choix thématique est-il une coïncidence ? Probablement pas. Cela ne rend pas le film meilleur ni moins bon — mais cela colore forcément la lecture qu’on en fait.

⚠️ À garder en tête

Séparer l’œuvre de l’artiste reste un exercice délicat. Avec Dogman, Besson semble vouloir dire quelque chose sur la violence, la survie et la culpabilité sociale. Ce message mérite d’être entendu, même si l’auteur lui-même reste une figure controversée.

🎯 Les thèmes : ce que le film dit vraiment

La question de l’identité et du genre

Douglas se travestit non par provocation, mais par nécessité psychique. Le film traite la question du genre avec une sobriété rare : pas de discours militant, pas de leçon de morale. Douglas est ce qu’il est, point. Besson filme sa transformation avec une tendresse sincère qui tranche avec l’ultraviolence du reste du récit.

Ce paradoxe — beauté et brutalité dans le même plan — est peut-être la marque la plus personnelle du réalisateur dans ce film.

Animal et humanité : un renversement symbolique

Les chiens de Douglas ne sont jamais folkloriques. Ils obéissent à leur maître, certes, mais ils lui obéissent parce qu’il les a respectés, nourris, aimés. Cette relation renverse les hiérarchies habituelles : l’humain est le monstre, l’animal est le sauveur. Ce renversement n’est pas sans rappeler certains films de phénomènes limites ou de comportements humains extrêmes — pour aller plus loin sur ce type de récits, les Films de phénomènes paranormaux basés sur des faits réels offrent un terrain de réflexion complémentaire.

Le système judiciaire comme cadre narratif

La psychiatre qui recueille le témoignage de Douglas représente une institution froide face à une humanité débordante. Le film ne condamne pas le système judiciaire de façon caricaturale, mais montre ses limites : les cases dans lesquelles il range les individus ne correspondent pas toujours à la complexité de leurs trajectoires.

✅ À retenir sur les thèmes

Dogman fonctionne mieux quand on l’aborde comme une fable que comme un thriller. Les symboles sont lourds, oui — mais la question posée (qu’est-ce qui fait d’un être humain un monstre ?) reste pertinente et inconfortable.

Où voir Dogman et quel public cible

Disponibilité et diffusion

Sorti en salles le 27 septembre 2023 en France, Dogman est désormais disponible en VOD sur les principales plateformes françaises (Canal+, Prime Video, Apple TV). Le film n’a pas été un carton commercial, mais il a trouvé son public — les cinéphiles attirés par les récits de personnages marginaux et les films à la frontière du genre.

Le thème des frontières entre le réel et l’inexplicable, entre la bête et l’humain, rejoint d’ailleurs d’autres interrogations que l’on retrouve dans des domaines aussi variés que les enquêtes sur les OVNI — des sujets où la vérité officielle et l’expérience vécue ne coïncident jamais tout à fait.

Pour quel spectateur ?

Ce film convient à un public adulte, curieux, tolérant à l’ambiguïté narrative. Clairement pas pour :

  • Ceux qui cherchent un thriller propre avec un méchant identifiable
  • Les amateurs de happy ends sans nuances
  • Le grand public habitué au cinéma de divertissement pur

En revanche, si vous avez aimé Nikita ou Léon pour leur façon de magnifier des personnages abîmés, Dogman prolonge cette veine — avec moins de maîtrise formelle, mais une ambition intacte.

« Je voulais faire un film sur un homme que personne n’a jamais aimé, et voir comment il survit à ça. »

— Luc Besson, conférence de presse Venise 2023

Questions fréquentes

Le film Dogman est-il basé sur une histoire vraie ?

Le film s’inspire librement du cas réel de Robert Schembre, un Américain surnommé « Dogman » arrêté dans les années 1990 pour avoir utilisé des chiens dressés pour commettre des cambriolages. Luc Besson a largement réinventé le personnage, en ajoutant notamment la dimension du travestissement et le trauma de l’enfance, qui ne font pas partie du fait divers d’origine.

Pourquoi les acteurs parlent-ils anglais dans Dogman de Besson ?

Luc Besson a choisi de tourner Dogman en anglais pour accentuer l’étrangeté du personnage principal et viser le marché international. Le rôle principal est tenu par l’acteur américain Caleb Landry Jones, et l’action se déroule dans une ville américaine non nommée. Ce choix a été critiqué en France, certains spectateurs trouvant cette distance difficile à accepter pour un film signé par un réalisateur français.

Quel âge faut-il avoir pour regarder Dogman ?

Dogman est classé avec une interdiction aux moins de 12 ans en France. Le film contient des scènes de violence, notamment liées aux traumatismes de l’enfance, ainsi que des images brutales lors des séquences de braquage. Il s’adresse avant tout à un public adulte, capable de tenir une lecture symbolique et de supporter un récit moralement ambigu.

Caleb Landry Jones a-t-il reçu des récompenses pour Dogman ?

Caleb Landry Jones n’a pas remporté de prix majeur pour Dogman, mais sa performance a été unanimement saluée par la critique, y compris par des journalistes qui ont jugé le film imparfait. L’acteur était déjà Palmé à Cannes en 2021 pour Nitram — Dogman confirme son statut d’acteur capable de porter des rôles extrêmes avec une intensité rare.

Quelle est la différence entre Dogman de Besson (2023) et Dogman de Garrone (2018) ?

Ce sont deux films distincts sans rapport entre eux. Dogman de Matteo Garrone (2018) est un drame social italien, inspiré du « Canaro della Magliana », un fait divers romain des années 1980. Il suit un toiletteur pour chiens impliqué dans une spirale criminelle. Le Dogman de Luc Besson (2023) puise dans un fait divers américain différent et développe une fiction beaucoup plus baroque et symbolique.