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En attendant Bojangles : ce que le film vaut vraiment

En attendant Bojangles, le roman d’Olivier Adam paru en 2016, est le genre de livre qu’on referme avec la gorge serrée. Adapter ça au cinéma, c’est prendre un risque réel. Régis Roinsard l’a fait en 2022, avec Virginie Efira et Romain Duris dans les rôles principaux. Le résultat est beau, parfois douloureux — et mérite qu’on en parle sans complaisance.

Le film sort en janvier 2022 dans les salles françaises et belges, porté par un budget généreux et un casting cinq étoiles. Il récolte des critiques globalement positives, mais divise une partie du public fidèle au roman. Voilà ce qu’on peut en dire, scène par scène, choix par choix.

L’histoire : amour, folie et une chanson qui revient

De quoi parle le film ?

Georges aime Camille d’un amour total, presque irrationnel. Camille est lumineuse, fantasque, un peu hors du monde — elle rebaptise les gens, invente des règles, danse sur Mr. Bojangles de Nina Simone en pleine nuit. Leur fils observe tout ça avec les yeux d’un enfant qui comprend, sans tout saisir, que quelque chose cloche.

La maladie mentale de Camille progresse. Georges refuse de la faire interner. La famille tient, puis vacille. Ce n’est pas un film catastrophe ou un drame clinique : c’est une histoire d’amour qui se fracasse doucement contre la réalité.

La fidélité au roman d’Olivier Adam

Roinsard ne trahit pas l’esprit du livre — il en garde la structure en deux temps, l’alternance entre la fête et la chute. Ce qui change, c’est le point de vue : le roman est narré par le fils, en deux voix distinctes. Le film élargit le cadre, donne plus d’espace aux adultes, ce qui modifie l’équilibre émotionnel.

Quelques choix narratifs méritent d’être signalés :

  • La maison espagnole de l’exil est représentée avec un luxe visuel qui sert le propos — l’isolement doré comme dernier refuge.
  • Le personnage de Toutou, le grand oiseau improbable que Camille ramène à la maison, est conservé et joue un rôle comique bienvenu.
  • La chanson Mr. Bojangles, dans la version de Nina Simone, revient comme un leitmotiv sonore efficace, jamais surchargé.

Le casting : Efira et Duris portent le film

Virginie Efira, habitée

Virginie Efira joue Camille. C’est elle ou personne — on comprend ce choix en la voyant danser dans la première scène. Elle apporte une légèreté physique, une façon d’occuper l’espace qui colle exactement à ce personnage qui déborde de partout. Virginie Efira a reçu le César de la meilleure actrice en 2023 pour ce rôle, et c’est amplement mérité.

Ce qui est difficile à jouer, c’est la bascule. Passer du personnage exubérant à la femme qui se perd sans tomber dans le registre clinique ou la caricature. Elle y arrive. Pas toujours, mais suffisamment pour que la salle soit silencieuse aux bons moments.

Romain Duris, plus sobre que d’habitude

Romain Duris est Georges, l’homme qui choisit l’amour contre la raison. Son registre habituel — l’agitation, l’énergie un peu nerveuse — est ici contenu. Il joue la résistance intérieure, pas l’effondrement visible. C’est un choix de mise en scène judicieux : si les deux personnages s’effondraient en même temps, le film deviendrait insupportable.

Le jeune acteur Solan Machado-Graner incarne le fils. Son regard porte une grande part du film — il observe, il comprend à moitié, il protège. Un très bon choix de casting pour un rôle délicat.

Mise en scène et atmosphère

Roinsard choisit le beau

Régis Roinsard, connu pour Populaire (2012), a une signature esthétique claire : il aime les images léchées, les couleurs chaudes, les plans soignés. Ici, ce parti pris fonctionne bien dans la première partie — l’appartement parisien vibrant, les dîners improbables, les nuits blanches en musique.

Là où ça se complique, c’est quand la maladie s’installe. Certains plans restent trop jolis pour ce qu’ils montrent. L’esthétisation du trouble mental est un risque connu, et le film n’y échappe pas totalement. C’est son point faible le plus discutable.

La bande-son comme personnage à part entière

La musique n’est pas un habillage. Elle structure le film. Mr. Bojangles dans la version de Nina Simone ouvre et ferme des séquences, marque les ruptures de ton. Le compositeur Alexandre Desplat complète avec une partition discrète qui laisse respirer les silences.

Le film s’inscrit dans une tradition française du récit familial teinté de mélancolie — pas sans rappeler certains Films de phénomènes paranormaux basés sur des faits réels qui utilisent le prisme du quotidien pour aborder ce qui dépasse le rationnel. Ici, la folie de Camille a cette même qualité : elle semble magique avant d’être tragique.

Ce que le film dit — vraiment

Un récit sur le déni amoureux

On pourrait résumer le film à un drame psychiatrique. Ce serait passer à côté. Ce que Roinsard et Adam (qui a co-écrit le scénario) ont voulu raconter, c’est comment l’amour peut devenir une forme d’aveuglement volontaire. Georges sait. Il sait depuis longtemps. Et il choisit de ne pas agir, parce qu’agir signifierait perdre Camille telle qu’elle est.

C’est là que le film touche juste, et que certains spectateurs se sentent mal à l’aise — pas par la maladie, mais par la complicité qu’on développe avec quelqu’un qui fait un mauvais choix par excès d’amour.

Le point de vue de l’enfant

Le fils occupe une position narrative particulière : il est témoin, pas victime au sens dramatique. Il ne juge pas ses parents — il les observe, les protège à sa façon, construit sa propre version de l’histoire. Cette distance enfantine est ce qui empêche le film de basculer dans le mélo pur.

Quelques scènes le montrent seul, dehors, pendant que la fête continue à l’intérieur. Ces plans-là sont les plus honnêtes du film.

Chiffres et réception

Box-office et prix

En attendant Bojangles a réuni plus de 900 000 entrées en France lors de sa sortie en janvier 2022 — honnête pour un film de ce type, surtout en période post-Covid. Il a ensuite été nommé dans plusieurs catégories aux César 2023 et repart avec le César de la meilleure actrice.

  • César de la meilleure actrice : Virginie Efira
  • Nominations : meilleure réalisation, meilleur film, meilleur acteur (Romain Duris)
  • Sélection : Festival de San Sebastián 2021 (avant-première internationale)

Critiques et public

Les agrégateurs de critiques donnent une image nuancée. La presse spécialisée salue majoritairement le film — 3,5 à 4 étoiles sur la plupart des sites. Le public est plus partagé, notamment ceux qui avaient un attachement fort au roman. Le reproche le plus fréquent : trop lisse, trop sage pour un sujet aussi brut.

C’est une critique recevable. Le film aurait peut-être gagné à laisser entrer un peu plus de rugosité — une caméra moins contrôlée, des scènes moins bien éclairées. Mais ce n’est pas le cinéma de Roinsard, et il ne prétend pas que ça l’est.

Faut-il voir le film ou lire le roman d’abord ?

Les deux, mais dans l’ordre

Lire le roman avant change l’expérience du film — pas forcément en mal. Vous serez plus attentif aux choix d’adaptation, aux scènes ajoutées, à ce que le film invente par rapport au texte. C’est une lecture de second degré qui peut enrichir le visionnage.

Si vous découvrez l’histoire via le film, vous recevrez quelque chose de complet et d’émouvant. Puis lisez le roman : vous y trouverez une densité narrative et une voix d’enfant que l’image ne peut pas entièrement reproduire.

Pour quel public ?

Le film convient à un large public adulte. Ce n’est pas un drame inaccessible ou intellectuellement aride. C’est une histoire d’amour avec des acteurs excellents, une mise en scène maîtrisée, et un fond qui mérite d’être pris au sérieux.

  • Amateur de cinéma français contemporain : à voir sans hésiter.
  • Fan du roman : regardez avec un œil ouvert, pas défensif.
  • Curieux d’histoires sur la mémoire, le deuil et l’identité : le film parle aussi de ça, en creux.

Pour ceux que les récits sur la perception altérée de la réalité intéressent au-delà du cinéma — que ce soit la folie, les visions ou les phénomènes inexpliqués — des ressources comme les archives sur les OVNI montrent que les frontières entre le réel et l’imaginaire fascinent bien au-delà des salles obscures.

En attendant Bojangles restera comme un film honnête sur un sujet difficile. Pas un chef-d’œuvre absolu, pas une déception non plus. Un film qui fait son travail — et qui vous laisse penser à Camille et à cette chanson longtemps après le générique de fin.