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Better Man : le biopic Robbie Williams qui surprend tout le monde

Un biopic où la star est incarnée par un chimpanzé en images de synthèse. Voilà le pari fou que Michael Gracey a fait avec Better Man, le film consacré à Robbie Williams. Présenté fin 2024 aux États-Unis, le long-métrage débarque en France au début de l’année 2025 avec une proposition visuelle qui ne ressemble à rien d’autre dans l’histoire du genre.

Robbie Williams lui-même a validé le concept — et c’est là que ça devient intéressant. L’ancien membre de Take That n’a pas voulu d’un biopic classique avec un acteur qui lui ressemble vaguement. Il a préféré se faire représenter comme un primate, façon de dire, avec une dose d’auto-dérision assumée, qu’il s’est toujours senti à la marge du show-business. Résultat : un film qui divise autant qu’il fascine.

L’histoire derrière le film

Un projet porté par Michael Gracey

Le réalisateur australien Michael Gracey n’en est pas à son coup d’essai dans le biopic musical. C’est lui qui avait signé The Greatest Showman en 2017, ce film sur P.T. Barnum qui avait cartonné en salle malgré des critiques mitigées. Avec Better Man, il retrouve la même ambition : un spectacle total, mêlant reconstitution historique, numéros musicaux et effets visuels massifs.

La production a mobilisé des équipes en Australie et au Royaume-Uni. Le tournage s’est étalé sur plusieurs mois, avec la performance capture de Jonno Davies pour le personnage de Robbie, rendu ensuite en primate CGI par les équipes visuelles de Wētā FX — les mêmes qui travaillent sur les films Planet of the Apes. Ce n’est pas un gadget cheap : le budget alloué à cette seule brique technique se chiffre en millions.

Robbie Williams, coproducteur de sa propre légende

Williams n’est pas simplement le sujet du film : il en est coproducteur et a participé à l’écriture du scénario avec Gracey et Oliver Cole. Le chanteur a accordé des heures d’interviews pour nourrir le récit, livrant des anecdotes sur ses années Take That, sa dépression, ses addictions et sa relation complexe avec la gloire.

Le film couvre une large portion de sa vie :

  • Son enfance à Stoke-on-Trent et l’influence de son père comédien
  • Son entrée dans Take That à 16 ans et son éviction en 1995
  • Le succès solo fulgurant avec des titres comme Angels ou Feel
  • Les années noires, les excès et les séjours en rehab
  • Sa renaissance personnelle et artistique

Le tout sans édulcorer les épisodes les plus sombres, ce qui tranche avec les biopics lisses habituellement commandés par les artistes eux-mêmes.

Sortie et réception dans le monde

Dates de sortie : États-Unis, Royaume-Uni et France

Better Man est sorti en salles aux États-Unis et au Royaume-Uni le 25 décembre 2024, stratégie classique pour les films de prestige visant les Awards de début d’année. En France, la sortie a été fixée au 5 février 2025, date sur laquelle Paramount Pictures a communiqué officiellement.

Le film a aussi été présenté en avant-première lors du Festival de Telluride en septembre 2024, générant une première vague de critiques enthousiastes — notamment pour la prouesse technique du personnage en CGI, jugé étonnamment expressif et émotionnellement convaincant.

Les critiques : entre admiration et perplexité

Sur Rotten Tomatoes, Better Man affiche un score de presse autour de 80 % à l’ouverture américaine, ce qui est solide pour un biopic musical. Le consensus pointe une mise en scène ambitieuse et une sincérité désarmante, mais certains critiques anglophones notent que le film perd en rythme dans sa deuxième partie.

En France, les premières critiques saluent surtout l’audace formelle. Télérama évoque un film qui « assume pleinement son côté bigger-than-life sans jamais se prendre totalement au sérieux ». D’autres journaux sont plus réservés sur la durée — le film dépasse les deux heures — et sur le fait que les non-fans de Williams risquent de décrocher avant la fin.

Côté Awards, le film a été mentionné dans plusieurs pronostics pour les Golden Globes 2025, notamment dans les catégories Meilleur film comédie ou musical et Meilleure chanson originale. Pas de statuette au bout, mais la reconnaissance du circuit de récompenses hollywoodien est là.

Ce qui rend ce biopic différent

Le choix du primate : provocation ou génie ?

La question s’est posée dès l’annonce du projet. Représenter Robbie Williams comme un singe en images de synthèse, c’est risqué — politiquement, symboliquement, esthétiquement. Le réalisateur et l’artiste ont eu la même réponse : c’est Robbie lui-même qui a proposé cette métaphore, se définissant comme quelqu’un qui a toujours eu l’impression d’être hors de sa place, mal dans sa peau, différent des autres.

Le pari fonctionne mieux qu’on ne le craignait pour une raison simple : la performance capture de Jonno Davies est d’une précision remarquable, et les animateurs de Wētā ont injecté une vraie vulnérabilité dans ce personnage non-humain. On y croit. C’est troublant.

Ce choix place le film dans une catégorie à part : ni biopic traditionnel, ni film fantastique, ni comédie musicale pure. Il se rapproche finalement plus d’une fable que d’une chronologie factuelle. D’ailleurs, les amateurs de cinéma qui s’intéressent aux œuvres qui brouillent les frontières du réel trouveront un écho dans les Films de phénomènes paranormaux basés sur des faits réels, genre qui exploite lui aussi les zones grises entre fiction et vérité.

La musique au centre du récit

Better Man n’est pas un concert filmé, mais la musique structure chaque acte du film. Les chansons de Williams — une trentaine intégrée au montage — ne servent pas de fond sonore : elles avancent l’histoire, révèlent la psychologie du personnage, ponctuent les ruptures émotionnelles.

Gracey reproduit ici la mécanique qui avait fait le succès de The Greatest Showman : des numéros chorégraphiés dans des espaces urbains réels, des transitions abruptes entre le spoken word et le chant, une énergie scénique qui compense parfois la profondeur psychologique absente. Ce n’est pas du Darren Aronofsky, c’est du spectacle assumé.

Les titres les plus emblématiques, comme Rock DJ, Let Me Entertain You ou She’s the One, sont réarrangés pour coller aux moments clés du récit. La scène de reconstitution du concert de Knebworth en 2003 — 125 000 spectateurs, l’un des plus grands concerts de l’histoire britannique — est visuellement impressionnante, même si elle dure peu.

Robbie Williams et le cinéma : un rapport ambigu

Des apparitions plutôt que des rôles

Better Man est, paradoxalement, le film le plus ambitieux associé à Robbie Williams tout en étant celui où il n’apparaît pas physiquement à l’écran. Sa filmographie en tant qu’acteur se résume à des caméos et des apparitions dans des productions légères — rien qui ressemble à une véritable carrière cinématographique.

L’essentiel de sa présence au cinéma avant ce biopic, c’était surtout dans des clips à gros budget qui empruntaient les codes du septième art : Rock DJ avec ses images de démembrement, Millennium pastichant James Bond, ou encore Radio tournée comme un film noir. Des objets hybrides, entre la pub et le court-métrage, qui annonçaient déjà son attrait pour l’image travaillée.

Pour les curieux du rapport entre célébrité, phénomènes médiatiques et représentations culturelles — un territoire que Better Man effleure à sa façon — le site OVNI explore des angles inattendus sur les objets non identifiés dans la culture populaire, une autre façon de traquer ce que nos représentations collectives projettent sur l’inexpliqué.

Pourquoi ce film arrive maintenant

Robbie Williams a 50 ans en 2024. La cinquantaine est souvent le moment où les artistes de sa génération tentent une forme de bilan ou de réhabilitation culturelle. La vague des biopics musicaux — Bohemian Rhapsody, Rocketman, Elvis — a prouvé qu’il y a un marché massif pour ce format, surtout quand la nostalgie des années 90-2000 est au pic.

Better Man s’inscrit dans cette tendance, mais il prend le risque formel que les autres n’ont pas osé. C’est son atout principal — et peut-être aussi sa limite commerciale, si le grand public rechigne à s’identifier à un personnage non-humain pendant deux heures. Les premiers chiffres en salle aux États-Unis ont été décevants malgré les bonnes critiques, ce qui pose la question classique : un film peut-il être salué par la presse et boudé par les spectateurs ? Avec Better Man, la réponse semble être oui, au moins sur le marché américain. La France, plus réceptive aux propositions de cinéma audacieux, pourrait réserver une meilleure surprise.