Le 12 octobre 2018, First Man sort en France avec une réputation déjà bâtie par son passage au Festival de Venise — Lion d’or de la meilleure mise en scène pour Damien Chazelle, rien que ça. Le film n’est pas un biopic de commande sur la conquête de l’espace. C’est quelque chose de plus intime, de plus dérangeant, et franchement de plus intéressant que ce qu’on attendait.
Adapté du livre de James R. Hansen, First Man: The Life of Neil A. Armstrong, le long-métrage choisit un angle clair : ne pas raconter la mission Apollo 11 comme un triomphe collectif, mais comme l’aboutissement douloureux d’un homme brisé par le deuil. Ryan Gosling incarne Armstrong avec une sobriété qui a déconcerté plus d’un spectateur. On vous explique pourquoi ce choix est, en réalité, la force du film.
Un biopic qui ne ressemble pas à un biopic
Le choix de la caméra portée
Chazelle filme l’espace comme on n’avait pas osé le faire depuis longtemps. Pas de plans larges contemplatifs à la Interstellar. Ici, la caméra est collée aux personnages, tremblante, presque claustrophobe. Les cockpits semblent trop petits, les rivets vibrent, les hublots se fissurent sous la pression. Le spectateur ressent physiquement l’angoisse de ces ingénieurs-pilotes qui montaient dans des boîtes en métal avec une probabilité de survie loin d’être garantie.
Le tournage en format 16 mm pour les scènes terrestres renforce cette impression de documentaire. Quand on bascule sur la Lune, Chazelle passe au IMAX 70 mm — le contraste visuel est brutal, presque choquant. C’est intelligent.
Ryan Gosling face au silence de Neil Armstrong
Armstrong était réputé pour être un homme taiseux, peu à l’aise avec la célébrité. Gosling a fait le choix de ne pas « jouer » l’émotion — il la retient. Beaucoup ont interprété ça comme une performance plate. C’est l’inverse : un acteur qui joue la retenue plutôt que l’expressivité demande un contrôle bien plus grand.
La scène autour du bracelet de sa fille Karen, morte à deux ans d’une tumeur cérébrale, est peut-être l’une des plus puissantes du cinéma récent sur le deuil. Sans dialogue. Sans musique envahissante. Juste un geste, une main qui lâche.
💡 Notre conseil
Si vous cherchez un film spectaculaire sur la conquête de l’espace avec des héros charismatiques et des discours inspirants, regardez plutôt Apollo 13. First Man vise autre chose — et c’est pour ça qu’il mérite votre attention.
La dimension humaine au centre de l’histoire
Janet Armstrong, un personnage enfin traité sérieusement
Claire Foy interprète Janet Shearon, la première femme de Neil Armstrong, et elle vole littéralement la moitié du film. Le scénario refuse de cantonner le personnage au rôle de l’épouse qui attend à la maison. Janet négocie, affronte des généraux de la NASA, pousse Armstrong à parler à ses fils avant une mission qu’elle sait potentiellement mortelle.
Sa colère est légitime. Son angoisse est celle d’une femme qui a perdu une fille, qui risque de perdre un mari, et à qui on demande de sourire pour la presse. Le film ne juge pas Neil pour son absence émotionnelle — il montre juste les deux faces d’une même tragédie.
✅ À retenir
First Man traite la vie familiale d’Armstrong avec autant de sérieux que les missions spatiales. Le deuil de Karen est le fil rouge émotionnel du film — tout le reste en découle.
Les accidents et les morts comme toile de fond
Le film ne cache pas la brutalité du programme spatial américain des années 1960. L’incendie d’Apollo 1 en 1967, qui tue Gus Grissom, Ed White et Roger Chaffee, est montré sans fard. Les crashs en simulateur, les éjections d’urgence, les funerals qui s’enchaînent dans le quartier des astronautes — Chazelle construit un contexte où chaque départ en mission ressemble davantage à un dernier adieu qu’à une aventure héroïque.
C’est ce qui distingue First Man des films sur l’espace qui ont tendance à Films de phénomènes paranormaux basés sur des faits réels ou à sublimer l’inconnu. Ici, l’inconnu tue — et tout le monde dans le film en est conscient.
🎬 La séquence de l’alunissage
Vingt minutes. C’est le temps que dure la séquence finale de l’alunissage dans First Man, et c’est sans doute l’une des plus impressionnantes jamais tournées sur ce sujet. Pas d’orchestre triumphant au premier plan. Des bruits mécaniques. Des voix radio grésillantes. Une descente qui dure, qui dure, avec un Armstrong qui cherche un terrain plat pendant que l’indicateur de carburant s’affole.
102h
durée totale de la mission Apollo 11 — dont First Man ne montre qu’une fraction soigneusement sélectionnée
Quand Armstrong pose le pied sur la Lune, le film bascule dans un silence quasi total. Le IMAX s’ouvre sur un paysage gris et infini. On comprend ce que cette image représente pour lui — pas pour le monde, pas pour l’Amérique, pas pour la NASA. Pour lui seul. Le geste avec le bracelet de Karen, sur la mer de la Tranquillité, est fictif (rien ne le confirme historiquement), mais il est juste.
Réception critique et polémiques
En France, le film a été très bien reçu. Première, Les Cahiers du Cinéma, Télérama — les éloges ont afflué. Aux États-Unis, la réception a été plus contrastée, pour une raison surprenante : l’absence de scène montrant Armstrong planter le drapeau américain sur la Lune.
Certains politiques républicains ont crié au scandale, estimant que Chazelle « dépouillait » la mission de sa dimension patriotique. Le réalisateur a répondu que le drapeau est visible dans le film, simplement pas mis en scène comme un moment de gloire national — cohérent avec son parti pris de raconter l’histoire du point de vue d’Armstrong, pas de l’Amérique. Le débat dit beaucoup sur la façon dont certains attendent qu’Hollywood valide leur vision du monde.
⚠️ À garder en tête
First Man n’est pas un film de propagande sur la grandeur américaine. Si vous l’attendez sur ce terrain, vous serez déçu. Chazelle raconte un homme, pas un mythe — c’est un choix artistique assumé, pas une omission idéologique.
Où regarder First Man et dans quelles conditions
Le film est disponible en VOD sur les principales plateformes françaises (Amazon Prime Video, Apple TV, Canal VOD). Une copie 4K HDR est accessible — et vivement recommandée pour la séquence lunaire, dont les détails en IMAX 70 mm méritent le meilleur écran possible.
En salles, le film est passé en version IMAX dans quelques cinémas français lors de sa sortie initiale. Il ne fait plus l’objet de rediffusions régulières, mais certains cinémas indépendants l’ont reprogrammé pour l’anniversaire du premier alunissage en 2019. Guettez les rétrospectives Chazelle — depuis La La Land, son nom attire les programmateurs.
| 🎬 First Man (2018) | 🚀 Apollo 13 (1995) |
|---|---|
| Portrait intime et douloureux d’Armstrong, mise en scène immersive, peu de spectacle au sens classique | Récit de survie collectif, tension narrative classique, héroïsme assumé, Tom Hanks en mode rassurant |
Ce que First Man apporte au genre spatial
Depuis 2001, l’Odyssée de l’espace de Kubrick, les films sur l’espace oscillent entre deux pôles : la poésie contemplative et le survival haletant. First Man ouvre une troisième voie — le drame psychologique ancré dans le réel, sans romantisme ni catastrophisme.
Ce positionnement le rapproche, dans son esprit, de films comme OVNI — pas dans son genre, mais dans sa façon de traiter l’inconnu spatial comme quelque chose qui dépasse l’entendement humain et laisse des traces. Le cosmos, dans First Man, n’est pas hostile. Il est juste indifférent — et c’est presque pire.
Le cinéma américain produit régulièrement des films sur la NASA et la course à l’espace. Peu réussissent à rendre ces hommes réels plutôt que légendaires. First Man est l’un des rares qui y parvient — au prix d’un certain inconfort pour le spectateur qui attendait un récit plus édifiant.
Questions fréquentes
First Man est-il basé sur une histoire vraie ?
Oui. First Man adapte la biographie officielle de Neil Armstrong écrite par James R. Hansen, publiée en 2005 avec la coopération de l’astronaute. Les faits principaux — la mort de Karen Armstrong, les missions Gemini, l’incendie d’Apollo 1, l’alunissage de juillet 1969 — sont historiquement documentés. Certaines scènes, comme le geste avec le bracelet sur la Lune, sont des libertés dramatiques du scénariste Josh Singer.
Pourquoi Ryan Gosling semble-t-il si froid dans le rôle de Neil Armstrong ?
Armstrong était connu pour être un homme réservé, peu expressif en public, et peu à l’aise avec le statut de héros national. Ryan Gosling a choisi de refléter cette retenue plutôt que de la contourner pour rendre le personnage plus « aimable ». C’est un choix de mise en scène validé par Damien Chazelle — et par la famille Armstrong, qui a soutenu le film.
Pourquoi le drapeau américain n’est-il pas planté de façon visible dans First Man ?
Chazelle a délibérément évité de mettre en scène le plantage du drapeau comme un moment de glorification nationale. Le drapeau apparaît bien dans le film, mais en arrière-plan. Le réalisateur a expliqué que son film raconte la mission du point de vue d’Armstrong — un homme qui vivait un moment personnel avant tout — et non comme un symbole politique. Ce choix a déclenché des critiques aux États-Unis, mais aucune polémique en France.
Combien de temps dure First Man et est-il adapté à tous les publics ?
First Man dure 2h21. Il est déconseillé aux enfants de moins de 10 ans, non pas pour des raisons de violence graphique, mais pour la mort d’une enfant en bas âge montrée en début de film et le ton général très sombre. Les adolescents amateurs de cinéma peuvent l’apprécier, surtout s’ils ont un intérêt pour l’histoire spatiale ou les biopics.
Quels prix First Man a-t-il remportés ?
First Man a remporté l’Oscar des meilleurs effets visuels en 2019. Il a aussi reçu le Lion d’or de la meilleure mise en scène à la Mostra de Venise 2018. Malgré quatre nominations aux Oscars, le film est reparti avec une seule statuette — ce qui a surpris compte tenu de sa réception critique unanimement positive.