OVNI

Kika d’Almodóvar : le film qui dérange et fascine encore

Il y a des films qui mettent mal à l’aise, et d’autres qui le font exprès. Kika, sorti en 1993 sous la direction de Pedro Almodóvar, appartient clairement à la deuxième catégorie. Provocateur, coloré jusqu’à l’excès, traversé par une violence que certains ont trouvée insupportable et d’autres libératrice, ce long-métrage espagnol reste l’un des plus clivants de la filmographie du cinéaste madrilène. Trente ans après, il continue d’interroger.

Pourquoi Kika divise-t-il autant ? Qu’est-ce qui fait de ce film un objet cinématographique à part — ni vraiment thriller, ni vraiment comédie, ni vraiment drame, mais tout ça à la fois ? Voici ce qu’il faut savoir sur cette œuvre baroque, excessive et délibérément inconfortable.

L’histoire et le contexte de Kika

Un synopsis difficile à résumer proprement

Kika (jouée par Verónica Forqué) est une maquilleuse madrilène, optimiste à en être naïve. Elle vit avec Ramón, un photographe hanté par la mort de sa mère. Autour d’elle gravitent une galerie de personnages : Nicholas Pierce, beau-père américain de Ramón aux intentions troubles (Peter Coyote) ; Andrea Scarface, animatrice d’une émission de faits divers trash (Victoria Abril, méconnaissable sous un costume Gaultier) ; et Pablo, frère évadé de prison qui commet une scène de viol d’une durée et d’un traitement si particuliers qu’ils ont provoqué un tollé général lors de la sortie du film.

Le scénario multiplie les intrigues sans vraiment les résoudre. C’est voulu. Almodóvar s’intéresse moins à la logique narrative qu’aux corps, aux costumes, aux surfaces brillantes et aux rapports de force entre ses personnages.

La genèse du projet

Kika arrive après Talons aiguilles (1991), film plus maîtrisé et mieux reçu. Almodóvar voulait aller plus loin dans la satire des médias et dans la représentation du corps féminin comme terrain de conflits. Le film est produit par El Deseo, sa société de production maison, avec un budget modeste comparé aux standards hollywoodiens. Tourné entièrement à Madrid, il sort en Espagne en octobre 1993, puis rapidement en France où il bénéficie d’une distribution large grâce à la réputation du réalisateur.

💡 Notre conseil

Si vous découvrez Almodóvar avec Kika, préparez-vous à quelque chose de plus brut que Tout sur ma mère ou Parle avec elle. Ce n’est pas le meilleur point d’entrée dans son œuvre, mais c’est certainement le plus révélateur de ses obsessions.

🎭 Le casting et les performances

Verónica Forqué, soleil au milieu du chaos

Le film repose entièrement sur les épaules de Verónica Forqué. Son personnage de Kika est lumineux, désarmant, presque irritant de bonne volonté — et c’est précisément ce qui rend sa trajectoire douloureuse. Forqué apporte une légèreté physique et vocale qui contraste violemment avec ce que le film lui inflige. Sa disparition en 2021 a donné une résonance tragique supplémentaire à ce rôle.

Victoria Abril, elle, est méconnaissable. Moulée dans des tenues conçues par Jean-Paul Gaultier (des costumes devenus iconiques, avec leur caméra intégrée au soutien-gorge), elle joue Andrea Scarface comme une parodie de journaliste vautour — une critique acide de la télé-réalité et du voyeurisme médiatique, dix ans avant que ces sujets deviennent mainstream.

Peter Coyote et le personnage de l’Américain trouble

Peter Coyote incarne Nicholas Pierce avec une froideur calculée. Son personnage est l’un des fils narratifs les plus intéressants du film : écrivain américain installé en Espagne, il cache des secrets qui touchent au meurtre. Almodóvar utilise ce personnage pour questionner l’image de l’Américain en Europe — séduisant, dangereux, insaisissable.

⚠️ À garder en tête

La scène de viol dans Kika dure environ 10 minutes et est traitée sur un mode tragicomique que beaucoup ont jugé choquant, voire irresponsable. Almodóvar a toujours défendu ce choix comme une forme de critique de la banalisation de la violence, mais la controverse reste entière.

La mise en scène : excès assumé

Chez Almodóvar, la forme n’est jamais séparable du fond. Kika en est la démonstration la plus poussée — et la plus risquée. Les décors sont pop, saturés de couleurs primaires. Les costumes de Gaultier transforment les personnages en icônes visuelles avant d’être des êtres humains. La caméra d’Almodóvar filme les surfaces : peau, plastique, tissu brillant.

Cette esthétique délibérément artificielle sert un propos. Le monde de Kika est un monde de représentations, d’images fabriquées, de faux-semblants. Andrea Scarface avec sa caméra intégrée dans ses vêtements n’est que la version la plus caricaturale d’un regard général qui transforme la souffrance des autres en spectacle.

1993

Année de sortie de Kika — la même année que La Liste de Schindler et Jurassic Park

Réception critique : un film mal aimé à sa sortie

La presse française a accueilli le film avec une certaine froideur. Les critiques saluaient le talent visuel d’Almodóvar mais reprochaient à Kika son manque de cohérence narrative et, surtout, le traitement de la scène de viol. En Espagne, la réception fut similaire : le film ne fut pas un échec commercial, mais il ne fut pas non plus le triomphe attendu après Talons aiguilles.

Aux États-Unis, la sortie fut limitée. Le film n’a jamais vraiment trouvé son public américain — un comble pour un film qui critique précisément le regard américain sur l’Europe.

« Kika est un film sur le regard — et sur ce que le regard fait aux gens qui en sont les objets. »

— Lecture récurrente dans les analyses académiques du film

Avec le recul, certains critiques ont réhabilité Kika comme un film en avance sur son temps dans sa critique du voyeurisme médiatique. Les années 2000 et l’explosion de la télé-réalité ont donné raison à Almodóvar sur le fond, même si la forme reste contestée.

Kika face aux autres films d’Almodóvar

🎬 Film 📅 Année 🎭 Ton dominant ⭐ Réception
Kika 1993 Comédie noire / thriller Mitigée
Talons aiguilles 1991 Mélodrame / thriller Bonne
La Fleur de mon secret 1995 Drame romantique Très bonne
Tout sur ma mère 1999 Drame / émotion pure Triomphe (Oscar)

Kika occupe une place à part dans la filmographie d’Almodóvar : c’est l’œuvre de transition entre sa période la plus provocatrice (les années 80, avec Pepi, Luci, Bom ou La Loi du désir) et sa maturité plus maîtrisée des années 2000. Un film charnière, donc, même s’il dérange encore.

Pourquoi voir Kika aujourd’hui ?

Le film n’a pas vieilli de façon uniforme. Sa critique des médias et du voyeurisme sonne même plus juste aujourd’hui qu’en 1993 — à l’heure des stories Instagram et des chaînes YouTube spécialisées dans les faits divers. Andrea Scarface avec sa caméra-sein ressemble à une influenceuse avant l’heure.

Certaines séquences restent difficiles à regarder. Mais le cinéma n’a pas toujours pour vocation de mettre à l’aise. Les Films de phénomènes paranormaux basés sur des faits réels partagent avec Kika cette volonté de forcer le spectateur à regarder en face ce qu’il préférerait éviter — qu’il s’agisse de violence sociale ou de mystères inexpliqués.

  • La direction artistique reste un modèle d’audace visuelle.
  • Les costumes de Gaultier sont exposés dans des musées du monde entier.
  • Le film pose des questions sur le consentement et la représentation qui n’ont rien perdu de leur actualité.
  • Verónica Forqué livre une performance qu’on ne peut pas oublier une fois vue.

✅ À retenir

Kika n’est pas un film facile, mais c’est un film honnête dans son excès. Almodóvar ne prétend pas raconter le monde — il le déforme pour mieux en révéler les laideurs. Disponible en VOD sur plusieurs plateformes françaises, il mérite une (re)découverte avec le recul des trente années qui nous séparent de sa sortie.

Si le thème du regard et de la manipulation vous attire, les travaux sur les phénomènes inexpliqués explorés par des documentaires ou films de genre — comme ceux répertoriés sur des sites spécialisés autour des OVNI — montrent la même fascination humaine pour ce qui échappe à la compréhension rationnelle. Kika, à sa façon, relève du même territoire : celui de l’incompréhensible mis en images.

Questions fréquentes

Kika est-il disponible en streaming en France ?

Oui, Kika est disponible en VOD sur plusieurs plateformes françaises, dont Apple TV et Google Play Films. Il n’est pas inclus dans les catalogues des grands abonnements type Netflix ou Prime Video au moment de la rédaction de cet article, mais sa disponibilité à la location reste stable depuis plusieurs années.

Qui a composé la musique de Kika ?

La musique originale de Kika a été composée par Bernardo Bonezzi, collaborateur régulier d’Almodóvar dans les années 80 et 90. La bande sonore mélange des morceaux originaux et des extraits de musique populaire espagnole, une signature typique du style du réalisateur.

Kika a-t-il remporté des prix au cinéma ?

Kika n’a pas remporté de prix majeurs. Il a été sélectionné dans plusieurs festivals mais sans récompense notable — contrairement à d’autres films d’Almodóvar comme Tout sur ma mère (Oscar du meilleur film étranger en 2000) ou Volver (prix de la mise en scène à Cannes en 2006). C’est l’un des films les moins primés de sa filmographie.

Quelle est la durée du film Kika ?

Kika dure 1 heure 54 minutes dans sa version originale. Le film est en espagnol avec sous-titres français dans la plupart des éditions disponibles en France. Une version doublée en français existe également.

Quelle différence entre Kika et les autres films d’Almodóvar de la même période ?

Kika se distingue par son ton plus chaotique et sa satire plus frontale des médias, comparé à Talons aiguilles (1991) qui reste dans un registre de mélodrame plus classique, ou à La Fleur de mon secret (1995) qui amorce le tournant plus introspectif du réalisateur. Kika est le film d’Almodóvar le plus proche de la farce noire pure.