OVNI

OVNI(s) : la série Canal+ qui manque à tout le monde

Certaines séries passent. Quelques-unes restent. OVNI(s) fait partie de la deuxième catégorie — et pourtant, Canal+ a décidé de ne pas commander de troisième saison. Difficile de comprendre cette décision quand on a passé des heures à regarder Melvil Poupaud jouer un ingénieur du CNES obsédé par les phénomènes inexpliqués, dans une France des années 70 reconstituée avec une précision presque maniaque.

La série coche toutes les cases d’un succès critique : scénario original, casting solide, esthétique soignée, humour calibré. Et pourtant, elle s’arrête après deux saisons. Voilà le vrai mystère de l’histoire.

Synopsis : de quoi parle OVNI(s) ?

Un ingénieur du CNES face à l’inexplicable

L’histoire démarre en 1978. Didier Mathure, joué par Melvil Poupaud, est un brillant ingénieur spatial dont la carrière déraille après un échec professionnel retentissant. Pour le punir (ou le planquer), sa hiérarchie le mute à la tête du GEPAN — le Groupe d’Études des Phénomènes Aérospatiaux Non Identifiés, unité réelle qui a existé au sein du CNES à partir de 1977. Sa mission : traiter les signalements d’ovnis venus de toute la France.

Mathure est rationnel, légèrement condescendant, et franchement peu enthousiaste. Le problème ? Certains dossiers résistent à toute explication logique. La série installe une tension permanente entre le scepticisme de son personnage principal et des faits qui, parfois, ne rentrent dans aucune case.

Un contexte historique travaillé

Ce qui distingue OVNI(s) d’une série de genre classique, c’est son ancrage dans la France de la fin des années 70. Giscard à l’Élysée, le choc pétrolier encore frais, les débuts de l’informatique, une société entre modernité et conservatisme — tout ce décor est restitué sans tomber dans la caricature nostalgique. Les costumes, les décors, la musique (signée Flavien Berger) : chaque détail contribue à une atmosphère qui tient à la fois du polar, de la comédie et du film de cinéma d’auteur.

💡 Notre conseil

Si vous n’avez jamais vu la série, commencez par le premier épisode de la saison 1 sans rien savoir de plus. L’effet de découverte est entier — et rare pour une production française.

🎬 Le casting : Melvil Poupaud en état de grâce

Melvil Poupaud porte la série sur ses épaules avec une sobriété qui force le respect. Son Didier Mathure est agaçant, touchant, drôle malgré lui — un personnage construit sur des contradictions réelles, pas des archétypes. À ses côtés, Dépression Constance (oui, c’est son nom de scène — Constance tout court pour les intimes) incarne Vera, une jeune femme qui croit aux ovnis bien avant que son patron daigne y prêter attention. La dynamique entre les deux acteurs fonctionne parfaitement.

La série réunit aussi Quentin Dolmaire, Michel Vuillermoz, Gilles Cohen et Géraldine Pailhas. Chaque second rôle a son épaisseur. Aucun personnage ne sert uniquement de faire-valoir.

2

saisons produites — et une troisième qu’on n’aura jamais

⚠️ Deux saisons, puis le silence

La saison 1, diffusée sur Canal+ en janvier 2021, reçoit un accueil enthousiaste. Les critiques saluent l’originalité du projet, sa poésie visuelle, son équilibre improbable entre comédie et drame. La saison 2 arrive début 2022 et confirme la promesse : le récit s’étoffe, les enjeux s’agrandissent, Melvil Poupaud approfondit son personnage.

Puis plus rien. Canal+ annonce qu’il n’y aura pas de saison 3. Aucune explication officielle vraiment convaincante. Les fans se mobilisent sur les réseaux, les critiques s’indignent, plusieurs journalistes spécialisés évoquent une décision purement comptable. Mathieu Vadepied et Clémence Dargent, les créateurs de la série, restent discrets mais laissent entendre leur déception.

⚠️ À garder en tête

L’arrêt d’OVNI(s) illustre un problème récurrent dans les séries françaises ambitieuses : les chaînes coupent avant la résolution narrative, laissant des arcs entiers sans conclusion. Les spectateurs investis paient le prix de décisions éditoriales opaques.

Pourquoi OVNI(s) est une série à part dans le paysage français

Le cinéma français produit régulièrement des œuvres de qualité. La fiction télévisée, c’est une autre histoire — longtemps cantonnée aux polars procéduraux et aux drames familiaux. OVNI(s) casse ce schéma.

Plusieurs éléments la placent hors catégorie :

  • Un genre hybride assumé : comédie, drame, science-fiction rétro, sans jamais choisir définitivement.
  • Une écriture qui respecte l’intelligence du spectateur — les révélations arrivent lentement, les personnages évoluent vraiment.
  • Une direction artistique cohérente d’un épisode à l’autre, portée par une vision claire.
  • Un humour qui ne cherche jamais à être référentiel ou méta — il naît des situations et des personnages.

Allocine affiche des notes spectateurs supérieures à 4/5 sur les deux saisons. Le Bureau des Légendes avait montré que Canal+ pouvait produire des séries ambitieuses et populaires. OVNI(s) prouvait que c’était encore possible — avant que la chaîne décide d’arrêter.

« OVNI(s) réussit quelque chose que peu de séries françaises tentent : être à la fois populaire et singulière, drôle et mélancolique, ancrée dans l’histoire et résolument contemporaine. »

— Synthèse des critiques presse à la diffusion de la saison 2

🎯 Par où commencer et comment regarder ?

Les deux saisons sont disponibles sur Canal+, accessible via l’application myCanal et le web. Chaque saison compte 6 épisodes d’environ 55 minutes. Pas de surcharge, pas de remplissage — chaque épisode avance le récit.

Pour les nouveaux venus, voici le chemin recommandé :

1
Saison 1
Introduction de Didier Mathure et du GEPAN. Le ton se pose, les personnages s’installent. Six épisodes qui se regardent d’une traite.
2
Saison 2
Les enjeux s’élargissent, Melvil Poupaud creuse son personnage, les mystères se densifient. Attention : la fin ouvre des portes qui ne seront jamais refermées.
3
Les interviews des créateurs
Mathieu Vadepied et Clémence Dargent ont accordé plusieurs entretiens après l’annulation. Ils éclairent les intentions narratives de la saison 3 qui n’existe pas — douloureux mais utile.
📺 Saison 1 📺 Saison 2
Diffusion : janvier 2021
6 épisodes
Mise en place du GEPAN
Ton : comédie de situation + mystère
Diffusion : janvier 2022
6 épisodes
Approfondissement des arcs
Ton : plus dramatique, plus ambitieux

Pour ceux qui ont déjà vu les deux saisons : il existe une pétition encore active pour convaincre Canal+ — ou une autre plateforme — de produire une conclusion. Martin Jamet, journaliste spécialisé en séries, a relayé ces initiatives plusieurs fois. Ça n’a rien changé pour l’instant. Mais l’espoir, comme les phénomènes inexpliqués, résiste à toute logique.

✅ À retenir

OVNI(s) reste l’une des séries françaises les plus originales des années 2020 : deux saisons complètes, un univers visuel fort, Melvil Poupaud au meilleur de sa forme, et un arrêt prématuré qui laisse une vraie frustration narrative. Ça vaut le coup même inachevée.

Questions fréquentes

Le GEPAN de la série a-t-il vraiment existé ?

Oui. Le GEPAN (Groupe d’Études des Phénomènes Aérospatiaux Non Identifiés) est une unité réelle, créée au sein du CNES en 1977. Il a enquêté sur des centaines de signalements d’ovnis en France jusqu’en 1988, date à laquelle il a été renommé SEPRA. Ses archives sont partiellement accessibles au public. La série s’en inspire librement mais s’appuie sur ce cadre historique réel pour installer sa crédibilité.

Pourquoi Canal+ a-t-il annulé OVNI(s) après deux saisons ?

Canal+ n’a jamais communiqué de raison officielle claire. Les hypothèses avancées par la presse spécialisée tournent autour de coûts de production élevés et d’une audience jugée insuffisante au regard du budget. Les créateurs, Mathieu Vadepied et Clémence Dargent, ont exprimé leur déception sans entrer dans les détails contractuels. La série avait pourtant reçu d’excellentes critiques sur les deux saisons.

Faut-il avoir vu la saison 1 avant de regarder la saison 2 ?

Absolument. OVNI(s) est une série à continuité narrative : les personnages évoluent, les arcs se construisent d’une saison à l’autre. Commencer par la saison 2 sans avoir vu la première prive le spectateur d’une grande partie des enjeux émotionnels et des références internes à l’histoire. L’ordre chronologique est indispensable.

Qui a composé la musique de la série OVNI(s) ?

La bande originale est signée Flavien Berger, musicien électronique français connu pour ses albums à l’atmosphère rétro-futuriste. Son travail sur la série colle parfaitement à l’ambiance années 70 du récit : synthétiseurs analogiques, textures denses, mélodies mélancoliques. La BO est disponible en écoute sur les principales plateformes de streaming musical.

Y a-t-il des séries similaires à OVNI(s) pour les fans déçus de l’annulation ?

Plusieurs séries partagent un ADN proche : Dark Skies (années 90, série américaine sur fond de guerre froide et ovnis), Twin Peaks pour l’ambiance mystère décalé, ou encore Undone sur Amazon pour la narration expérimentale. Côté français, Le Bureau des Légendes (Canal+) offre un niveau d’écriture comparable, dans un registre espionnage. Aucune ne reproduit exactement le ton unique d’OVNI(s), mais ces alternatives valent le détour.